Préparation mentale aux raids, marathons des sables et sports d’endurance : témoignage
© ERGOS PERFORMANCE HUMAINE 2007
Nouvelle structure où intervient Éric Laurent : http://www.elite-mentale.com
Contact : contact@elite-mentale.com
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Lucile BELLOTTI, athlète d’ultra-distance de niveau national : sa préparation mentale et ergonomique¥ avec ERGOS PERFORMANCE HUMAINE et sa saison 2004
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Lucile Bellotti
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le point de vue d’une pratiquante de niveau national sur… l’ergonomie psychologique¥
Dans cette rubrique, nous essayons de vous donner des éléments pratiques qui concernent la façon dont se traduisent la préparation mentale, le coaching et l’ergonomie psychologique, concrètement, pour la personne qui doit faire face à des enjeux de performance.
Éric LAURENT (Cabinet ERGOS PERFORMANCE HUMAINE) a conseillé Lucile BELLOTTI alors qu’elle préparait le Marathon des Sables 2004.
Elle a accepté d’expliquer aux internautes d’ERGOS-PERF.COM quelle a été sa préparation et comment elle a vécu cette épreuve mythique.
Ses propos ont été recueillis en février 2005.
Début de l’entretien
ERGOS PERFORMANCE HUMAINE : Lucile Bellotti bonjour, merci d'avoir accepté de répondre à ces questions. Pouvez-vous vous présenter, et nous dire comment vous en êtes venue à pratiquer la course à pied, puis la course ULTRA ?
LUCILE BELLOTTI : J'ai 34 ans, je suis ingénieur en développement d'entreprise dans un cabinet d'ingénierie spécialisé dans le champ du sport et habite dans les Bouches du Rhône.
Du semi-marathon à l’ultra… Ici dans la classique internationale « Marseille-Cassis » 2004
ERGOS PERFORMANCE HUMAINE : Comment est-ce que vous décririez le rôle du « mental » dans votre discipline ?
ERGOS PERFORMANCE HUMAINE : Quels ont été les principales stratégies d'ergonomie psychologique ou techniques de préparation mentale mises en place avant le Marathon des Sables 2004 ?
LUCILE BELLOTTI : Elles sont de trois catégories. Tout d’abord tout ce qui appartient à la projection personnelle. Le préparateur mental m’aide à faire le point très régulièrement sur mon projet sportif, les éventuels obstacles rencontrés. Cela permet de clarifier les moyens à mettre en œuvre pour que le rêve devienne réalité… Ensuite il y a un suivi plus analytique sur le plan motivationnel et affectif, assez pointu, à l’aide de questionnaires et d’entretiens qui permet au préparateur d’ajuster son intervention au mieux, en fonction de la personnalité et de la façon dont chacun réagit à un type d’entraînement, à la vitesse de progression vers ses objectifs, ou à la pression de la compétition. Enfin, de tout ce travail découlent les stratégies ou techniques de préparation mentale qui sont vraiment individualisées en fonction du travail effectué en amont. Dans mon cas, il fallait que je puisse rester concentrée pendant de longues heures et que je puisse encaisser la douleur, l’inconfort de la situation de course dans le désert. Pour cela nous avons mis en place des stratégies d’imagerie mentale associées à un travail de contrôle de la respiration. Me fermer hermétiquement dans une bulle quand j’en ressentais le besoin, écouter mon souffle, sentir mon corps, revenir à tout ce que pouvait m’apporter cette situation, m’a permis de rester concentrée sur mon objectif. J’avais différentes images mentales à ma disposition, en particulier des images rassurantes et des images centrées sur l’objectif dont la base était la réponse à la question « pourquoi suis-je là ». À vie, je retiendrai cette méthode de gestion de l’effort, pour les prochaines épreuves sportives ou non sportives car elles permettent de se transcender, d’être forte là ou d’autres peuvent céder.
Départ du 19e Marathon des Sables, 2004 237 Km en 6 étapes dans le Sahara. © CIMBALY-PE RASTOIN / MDS2004
LUCILE BELLOTTI : Pas sur la première étape, car j'étais focalisée sur ma performance uniquement, et puis les aléas de « cette terre d’extrêmes » nous ramène bien plus vite que ce que l'on peut penser aux urgences du moment : le désert se respecte, il impose des contraintes énormes à l'être humain et j'approuve le fait que la « demi-mesure est néant ». La mesure est énorme !
ERGOS PERFORMANCE HUMAINE : Comment avez-vous géré mentalement, au quotidien, la « démesure » que représente cet effort sur une période prolongée (237 Km en 6 étapes dans le désert saharien, en autosuffisance alimentaire, par 50°...) ?
LUCILE BELLOTTI : Comme j'ai pu le dire précédemment je n'ai pas pris conscience immédiatement de cette démesure, et puis forcément la fatigue et la pression d'une victoire m'ont obligé à faire appel de façon très régulière à des outils d'imagerie mentale « à la carte », c'est-à-dire, en fonction des problèmes que je rencontrais. Il fallait « rester dans sa bulle » pour faire face à l'environnement physique (chaleur, vent, cailloux, distances infinis), la fatigue, et puis, au fur et à mesure, les commentaires des autres, les journalistes qui nous donnent déjà gagnante… Pour moi, il fallait toujours laisser une part de doute sur l’issue de cette épreuve et donc je devais rester dans mon univers tout en prenant en compte la situation pour les aspects stratégiques de la course.
Première victoire d’étape OUED EL KHAIT / LAC IRIQUI - 34 Km © CYMBALY/MDS2004
LUCILE BELLOTTI : Forcément une euphorie m’a envahie, mais je me suis assez rapidement fermée. Je ne les fuyais pas les autres participants, mais je n'allais pas vers eux, mes confidents étaient mes compagnons de tente qui me chouchoutaient tout en me rappelant que rien n'était fait et cet état d’esprit était conforme à ma façon de gérer mentalement la situation. Et puis je me suis rapprochée de l'équipe marocaine des frères Ahansal dont l'un a 7 victoires consécutives à son actif, car eux aussi adoptaient une sorte d’isolement vis-à-vis de la pression et évoluaient dans cet état d’esprit, selon lequel la victoire n’est jamais acquise ! Jusque sur la ligne d'arrivée le doute était présent en moi, je suis restée humble, et avait envisagé la possibilité d’un éventuel échec ! Cependant, sur les conseils de mon préparateur mental, Éric LAURENT, l’essentiel de mon activité mentale concernait les aspects positifs de cette entreprise et le nécessaire dépassement de soi comme moyen d’y parvenir.
LUCILE BELLOTTI : Oui en fait je me souviens surtout d'un moment sur la ligne de départ lors de la 4e étape, longue de 76 km. Les 50 meilleurs partaient 3 heures après les autres, et là on peut dire que tout le monde se scrutait, c'était les leaders qui étaient sur la ligne de départ. La tension était forte, car parmi ce petit groupe certains marqueraient l'histoire du 19e MDS. Et puis c'était l'épreuve du doute, la longue étape, celle qui se finirait de nuit. Moi je ne connaissais rien de tout ça ni la quantité de kilomètres, ni la course de nuit, le doute était fortement présent. En plus de mes propres ressources, j’essayais quand même de me rassurer à chaque étape en demandant à Lahcen, le leader, d'estimer pour moi combien de temps je parcourrais l’étape du jour : il se calquait sur lui et rajoutait une heure ou deux, c'était rassurant, car cela me donnait un cadre horaire général. Et puis bien sûr il y avait le stress, ce jour là j'étais première du classement général, donc la pression, beaucoup de pression, les commissaires de course, les photographes, bref, des moments de stress total, mais seulement des moments, car je parvenais à rétablir le contact avec moi-même en faisant le point sur la situation, et encore une fois en me recentrant sur mes propres objectifs, et pas sur les situations que d’autres montaient pour moi.
Par exemple, il y a eu cette phrase d'encouragement de Simone Kaiser, la gagnante du classement général, qui, sur la ligne de départ, m'a dit « c'est toi la plus forte ». Paradoxalement, cette phrase, l’instant d’une seconde, a fait l’effet d’une « bombe ». J'ai failli m'effondrer ! Déstabilisée, un instant, parce qu’elle me mettait, consciemment ou inconsciemment, toute la responsabilité de la course sur les épaules, en plus de la tâche qui était devant nous. Mais je me suis recentrée sur moi au maximum et là je peux vous dire que l’imagerie m’a encore servie : sans cesse visualiser le pourquoi j'étais là : oublier la pression, les faux objectifs venus de l’extérieur, la douleur, et ne vivre que l'expérience au plus proche du plaisir, écouter ma respiration, me fermer dans ma bulle, ne jamais en sortir, courir encore, pour moi....
Nous étions déjà fatigués et le vrai but de cette étape, c'était d'arriver au bout, en gérant l’épreuve au mieux par rapport à ses capacités et ses objectifs : après nous savions tous que nous aurions cette journée totale de repos, c'était la récompense... Prendre la tête de façon trop inconsidérée dès le début de cette étape aurait été suicidaire…
En tête pour la victoire de la 5e étape JEBEL MEGAG / JEBEL BOU DEBGANE (42 Km) © CYMBALY/MDS2004
Personnellement, ce qui m'a vraiment aidée c'est 1) de me dire que jusqu’au dernier moment, rien n'est définitif, fait, mais que tout est possible ! Tout, c’est-à-dire ce que j’avais appris à identifier comme étant mon désir… 2) les techniques pour m’en rapprocher, et ne pas s’en éloigner même dans les situations de stress.
Chaque jour était une surprise, même si je me sentais très en forme, laisser toujours l’incertitude pour le lendemain : ce sera peut-être encore meilleur… mais rester focalisée.... Ne jamais oublier le pourquoi nous sommes là : plaisir, compétition, oeuvre humanitaire, expérimentation, qu'importe, mais avoir une raison d'être là !
Podium du classement général féminin du 19e Marathon des Sables 2004
LUCILE BELLOTTI : Oui je pense, car comme pour le MDS, mon compagnon de course a été la douleur : crampes au bout de 3 heures de course alors qu'il m'en restait encore 3 !
Je serai de façon certaine, cette année, sur la ligne de départ du marathon de Paris avec l'objectif de faire aussi bien qu'il y a deux ans (- de 3h00) et en ce qui concerne l’ultra, peut-être, en août, sur l'ultra trail du tour du Mont Blanc.
Fin de l’entretien © ERGOS PERFORMANCE HUMAINE 2005
Nous remercions Melle Lucile Bellotti d’avoir répondu à ces questions qui, nous l’espérons, vous auront renseigné(e) sur le « vécu » de la personne engagée dans une démarche d’ergonomie et de préparation mentale en vue d’une adaptation maximale à ses objectifs de performance.
Nous nous permettons de signaler que Melle Bellotti est sponsorisée par les magasins Endurance Shop™ Toulon et a reçu le soutien financier et matériel de la firme Nestlé™ pour sa participation au Marathon des Sables 2004.
-> LIENS
VICTOIRE DE LUCILE BELLOTTI À LA TRANS’AQ 2005 : 240 KM DANS LES DUNES DE L’AQUITAINE, juin 2005 (PHOTOS) – Lien interne ERGOS-PERF.COM
ARTICLE DE PRESSE : « Le mirage de Lucile Bellotti est devenu une belle réalité », LA PROVENCE, mai 2004 – Lien interne ERGOS-PERF.COM
¥ NDLR : « L’ergonomie psychologique » constitue le cœur de métier d’ERGOS PERFORMANCE HUMAINE. Elle englobe à la fois les processus d’adaptation psychologique, de régulation des affects et de la concentration souvent désignés sous le vocable de « préparation psychologique » et de « préparation mentale » dans le contexte sportif, ou de « coaching » dans le milieu de l’entreprise, mais aussi les processus d’adaptation des conditions de pratique ou de travail et de régulation des contraintes extérieures à l’individu lui-même, de façon à adapter un environnement, un service, ou un produit manufacturé, aux caractéristiques psychologiques générales ou spécifiques des personnes ou des groupes placés dans des situations de travail, de compétition ou d’apprentissage. [cliquez ici pour revenir au début du document]
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